Une naissance prématurée

Une naissance prématurée

Une naissance prématurée

Une naissance prématurée

L'attachement

Nous allons nous attarder sur cette notion dont on parle encore trop peu. Chez les oiseaux, on a entendu parler de ces oisillons qui se sont attachés à un humain plutôt qu’à la maman parce que ce dernier se trouvait au bon endroit au bon moment. Chez les mammifères et les humains en particulier, c’est plus compliqué. Il y a plusieurs dizaines d’années, quand les bébés, notamment prématurés, se retrouvaient isolés dans des hôpitaux, ils dépérissaient. On a donc installé un contact important dès les premières heures de vie entre la maman et/ou le papa. De cet attachement va découler une série de mécanismes d’adaptation sociale par la suite, même jusqu’à l’âge adulte.

L’attachement est un système relationnel présent dès la naissance régulant la relation de proximité de l’adulte qui procure les soins basiques pour la survie du bébé. Il régule autant les capacités de celui-ci à chercher une proximité protectrice en situation de danger que l’aide à la construction d’un sentiment de sécurité permettant l’exploration de l’environnement (Bowlby, 1969). Dans les premières années de vie, il est impliqué dans le processus de régulation émotionnelle, de séparation-individuation, il est surtout à la base de la construction du sentiment de sécurité chez l’enfant. Il est aussi au fondement du développement des compétences sociales.

La rupture souvent brutale du couple mère/enfant, construite in utero, le stress provoqué par une naissance prématurée, le manquement des interactions entre la mère et l’enfant peuvent être des obstacles à la réalisation d’une relation satisfaisante et à la formation d’un processus d’attachement harmonieux (Muller Nix et al., 2009). Les premières interactions entre l’enfant et ses parents se réalisent dans un contexte bien différent de celui né à terme. La plupart des auteurs s’accordent pour considérer qu’il existe des différences dans le style interactif des dyades mère/enfant né prématurément et mère/enfant né à terme : l’enfant prématuré est décrit comme moins alerte, moins attentif et actif que le nouveau-né à terme, il réagit moins aux sollicitations maternelles. Les idées qu’on se fait de son rôle de parent jouent certainement un rôle primordial dans la qualité des interactions (Lamour et Lebovici, 1991). La relation avec l’enfant s’appuie, en effet, sur les représentations que les parents ont de celui-ci, d’eux-mêmes en tant que parents, mais aussi sur les représentations qu’ils ont de leurs propres parents. Des études ont montré à quel point la notion même de prématurité venait modifier les perceptions à propos d’un enfant (Stern, 2004). Des enfants nés à terme sans difficulté particulière, mais présentés comme nés prématurés à un groupe de mères ne les connaissant pas, sont décrits par celles-ci comme plus petits, moins mignons et moins aimables qu’un groupe d’enfants nés à termes et présentés comme tels. La simple indication d’une prématurité, complètement fictive par ailleurs, vient affecter les perceptions de ces femmes mais aussi leur comportement : ces dernières touchent moins fréquemment les enfants désignés comme prématurés et leur proposent des jouets moins complexes. Selon une étude, il apparaît d’abord dans le discours parental que le moment de la naissance est un moment choc, source la plupart du temps d’une certaine paralysie psychologique et confusion. Lors d’une naissance prématurée, la dimension de malentendu, parfois ressenti par les parents lors d’une naissance à terme entre l’enfant attendu et l’enfant qui apparaît, se trouve mise en crise. Tout ce qui pouvait porter la rencontre parent/bébé s’effondre. Des sensations de rupture et d’arrachement peuvent s’inscrire dans le corps de la mère et dans sa relation avec l’enfant (Muller Nix, C., et al., 2009).

Tout va trop vite et de manière inattendue. Les angoisses de séparation, de mort ou de handicap sont alors au premier plan, prises dans un impensable de la conjonction de représentations de vie et de mort dans le même temps. C’est l’incertitude quant au devenir de l’enfant qui peut mettre les parents en souffrance. Cette incertitude peut être très difficile à vivre et représente pendant les semaines ou mois d’hospitalisation et même bien au-delà, une forme de traumatisme à répétition. Dans le cas de la prématurité, un premier travail de deuil est nécessaire. Il faut renoncer à une naissance « normale » suscitant la joie, l’enthousiasme et plutôt faire face à des craintes, la peur de l’échec, … En effet, la perte de statut de femme enceinte avant l’heure est toujours mal vécue. Deux types de situations : premièrement, la grossesse s’interrompt de façon brutale et les mères n’ont dès lors pas le temps de s’y préparer psychologiquement et elles ressentent un grand sentiment de vide et d’impuissance. Dans le second cas, bien que l’accouchement prématuré soit attendu, les mamans ont le temps de s’y préparer, bien que personne ne soit jamais prêt à affronter une telle situation. Aussi, les inquiétudes pour la survie de l’enfant deviennent prépondérantes.

attachement

L’accouchement prématuré ne peut pas toujours être évité ; parfois il n’y a pas d’autre moyen pour que le bébé ou la mère vive. Lors de la naissance, renoncer à l’enfant parfait devient une nécessité, c’est de nouveau un travail de deuil qui devra avoir encore lieu. Ce travail aura des conséquences directes sur l’investissement affectif des parents à l’égard de leur bébé. La naissance prématurée entraîne une séparation précoce de l’enfant avec sa mère dans les minutes ou les heures qui suivent l’accouchement. La mère se retrouve seule, quelques chose se brise, est de l’ordre de la déchirure. Pour le nouveau-né, la séparation est vécue comme une disparition de la mère qui n’est plus là. L’éloignement précoce du bébé et de sa maman aura un impact non négligeable sur le lien mère – enfant. C’est peut être alors au père d’accompagner son bébé et de prendre le rôle de « messager » qui pourra donner à la mère des nouvelles afin de diminuer ce vide, ce désarroi. La séparation précoce ne peut pas, elle non plus, être toujours écartée. Mais savoir qu’à chacune de ces étapes qui président à une naissance prématurée, correspond un risque en termes d’attachement est important et permet d’imaginer des solutions qui vont le minimiser et peut-être l’éliminer.

En Néonatologie, la première visite des parents ne doit pas tarder, en particulier si la mère n’a pas encore pu voir son bébé. Le temps écoulé entre la naissance et la première rencontre est un élément important dans la construction du lien même s’il n’est pas déterminant. Si il y a des frères et/ou des sœurs qui ne peuvent pas le voir, ils peuvent lui faire des dessins, lui amener un présent, des photos ou encore enregistrer un message pour qu’il entende leur voix. Certaines équipes préconisent la visite des grands-parents dans les services de Néonatalogie, à la demande des parents, avant la sortie de l’hôpital. La rencontre du bébé avec sa famille « élargie » permet d’apaiser les craintes et les fantasmes liés à la prématurité et de favoriser un soutien et un relais des parents par l’entourage proche. La filiation y prendra également davantage de sens et d’ampleur (Pedespan, 2004).

Aussi, les unités « kangourou » permettent la présence permanente des mères ou des pères et leur participation aux soins sont des exemples de lieux de prévention des troubles d’attachement parents-enfants qui ont fait preuve de leur efficacité. La morbidité observée chez les enfants ainsi que les durées d’hospitalisation sont dans ces cas diminuées, témoignant du bénéfice évident à la construction d’un lien précoce et de bonne qualité (Rejean et al., 1998).

Ainsi, une collaboration étroite, un véritable partenariat entre les professionnels et les parents est primordiale. L’objectif commun, construit pas à pas, est une « deuxième naissance » ou la poursuite de cette première naissance inachevée : sortir de l’hôpital le plus sereinement possible.

Il n’est pas inutile de savoir que des services d’aide spécifique pour favoriser l’attachement mère/bébé existent également.